Décryptage : Agriculture biologique, raisonnée ou intégrée ?

Publié le par Agriju

Dans une multiplicité d'appellations, il est difficile de faire la différence entre agriculture biologique, raisonnée ou intégrée. Petits points d'éclaircissements...


AGRICULTURE BIOLOGIQUE : L'agriculture biologique constitue un mode de production qui trouve son originalité dans le recours à des pratiques culturales et d'élevage soucieuses du respect des équilibres naturels. Ainsi, elle exclut l'usage des produits chimiques de synthèse, des OGM et limite l'emploi d'intrants (engrais azotés, soufrés etc...).

Les bénéfices que la société peut retirer de l'agriculture biologique sont multiples en termes de création d'activités et d'emplois, de préservation de la qualité des sols, de la biodiversité, de l'air et de l'eau. Ce mode de production permet d'expérimenter en vraie grandeur des pratiques innovantes respectueuses de l'environnement et qui sont susceptibles d'être développées plus largement en agriculture. Ses modes de transformation privilégient la mise en valeur des caractéristiques naturelles des produits.


Si les principes de l'agriculture biologique ont été introduits en France après la Seconde Guerre Mondiale, sa première officialisation remonte à la loi d'orientation agricole (LOA) de 1980.

Le terme " agriculture biologique " apparaît en 1991 dans un règlement européen qui reconnaît officiellement ce mode de production (règlement CEE du Conseil n°2092/91 du 24 juin 1991 pour les productions végétales).

AGRICULTURE RAISONNEE : L'agriculture raisonnée est un mode de culture et d'élevage dont l'objectif premier est de réduire la quantité de substances chimiques utilisées, et de minimiser leur impact sur l'environnement. Autrefois sans contrôle officiel, la certification est aujourd'hui suivie par le réseau FARRE

Un mode de production moins novateur qu'il n'y paraît
Bien que dotée d'un caractère limitant et prudent, l'agriculture raisonnée reste de fait une agriculture industrielle « classique » qui – malgré l'utilisation de quelques méthodes issue de l'agriculture biologique – repose sur les principaux paradigmes suivants :

1– Utilisation pour les plantes d'engrais minéraux artificiels, issus du pétrole, et pour les animaux d'aliments hautement énergétiques (et de synthèse pour la partie vitamines et oligo-éléments). Le but : doper au maximum la croissance.
2 – Sélection génétique des plantes ou animaux, et de modes d'élevages reposant quasi-exclusivement sur des impératifs économiques : pour les plantes, arrivée prévisible à maturité, aspect, durée de conservation, résistance aux chocs pour les transports. Pour les animaux, croissance accélérée, plus grand nombre de portée, résistance à certains stress d'élevage…
3 – Protection médicale assistée des plantes ou animaux, grâce à l'utilisation de produits phytosanitaires de synthèse pour les plantes, ou d'antibiotiques pour les animaux.
4 – Concentration géographique, et spécialisation des élevages ou des cultures en vue d'une exploitation économique « optimisée » : un mode de production qui se révèle à l'usage porteur de plus d'inconvénients que d'avantages (désertification des campagnes, appauvrissement accéléré des sols dû à la monoculture, pollution accrue des élevage).

Signalons, pour toutes ces raisons que l'agriculture raisonnée reste mal adaptée à la productions d'aliments de type terroir – Vins AOC (appellation d'origine contrôlée), fruits, légumes…) – les pratiques agricoles nécessaires pour un rendements élevé standardisent en effet les terres et nuisent à la concentrations d'arômes de qualités.


L'agriculture raisonnée est défendue en France par le réseau FARRE, regroupant l'UIPP (Union des industries de la protection des plantes), l'ANIA (Association nationale professionnelle pour les engrais et les amendements) etc. Une preuve de son véritable but : maintenir la pérennité de l'industrie agro-alimentaire actuelle…

Soulignons le rôle important joué par les géants de la distribution : ceux-ci privilégient particulièrement ce mode de production (Auchan, Casino…). Avec une grande part de responsabilité à leur charge dans les crises alimentaires actuelles – provoquée par une pressurisation économique excessive des industriels – souhaitons que les grandes surfaces ne soutiennent pas ce mode de production avec pour seul objectif le maintien des prix bas…

L'agriculture raisonnée, dotée depuis mai 2002 de normes officielles, est à la recherche d'une légitimité qui lui fait encore défaut. Le laxisme volontaire des 98 critères imposés – par exemple environ la moitié reprend des exigences réglementaires que tous les producteurs sont déjà tenus de respecter – dénote une volonté de faire entrer le plus grand nombre possible d'agriculteurs dans la démarche, officialisant ainsi l'entrée de l'agriculture industrielle « classique » dans l'ère du développement durable…

Des intentions à vérifier sur le moyen-long terme
Cette stratégie n'est pas d'ailleurs forcément critiquable, à condition qu'elle ne soit pour ses initiateurs qu'une étape de transition visant à préparer en douceur les agriculteurs, et à donner le temps aux industriels fournisseurs d'intrants de changer profondément leurs produits et services.

Soulignons néanmoins que, pour l'instant, les textes sont conçus de telle façon que les quantités d'intrants chimiques employées ne devraient pas diminuer : les industries agro-chimiques et agro-alimentaires peuvent contraindre l'agriculteur, sous couvert de respect de l'environnement et de traçabilité, à utiliser tel produit, telle semence, tel itinéraire technique…

Cette politique du changement en douceur explique que l'agriculture raisonnée attire de plus en plus d'agriculteurs. Il faut espérer que ceux-ci soient sensibilisés progressivement à des pratiques plus respectueuses de l'environnement, et que certains décident de convertir ensuite leur terre en bio. Une démarche bien plus respectueuse de l'environnement et qui favorise – entre autres avantages supplémentaires – une reconquête sociale de l'espace rural. Les industriels du secteur agricole doivent quand à eux comprendre que rassurer les consommateurs ne suffit pas à long terme : il leur faudra aussi remettre en cause profondément leur mode même d'élaboration et de production de nouveaux produits ou services.

L'avenir dira si ce type d'agriculture aura servi de tremplin à des méthodes agricoles vraiment écologiques et durables de la terre, ou si celle-ci, en devenant le standard de production de demain, se contentera de maintenir les problèmes environnementaux à une échelle acceptable, sans jamais vraiment les éliminer totalement…



AGRICULTURE INTEGREE : La production intégrée diffère de l'agriculture raisonnée, fondée sur la seule optimisation des méthodes classiques de production. En agriculture raisonnée, les agriculteurs ne traitent que s'il le faut, au bon moment et avec une dose adaptée. En production intégrée, l'utilisation de techniques alternatives, comme la lutte biologique ou l'utilisation de zones de compensation écologique, est recherchée car ces méthodes peuvent être tout aussi efficaces d'un point de vue agronomique et plus respectueuses de l'environnement. La production intégrée se distingue aussi de l'agriculture biologique car elle n'abandonne pas les méthodes chimiques lorsqu'elles ne posent pas de problèmes scientifiquement démontrés pour la sécurité alimentaire et pour l'environnement. Comme son nom l'indique, la production intégrée "intègre" tous ces éléments. On applique ce qui est le mieux pour l'environnement, le consommateur et l'agriculteur.

En fait, l'agriculture intégrée est un "mélange" d'agriculture biologique, raisonnée et d'agriculture conventionnelle.

Site à voir : www.farre.org

                     www.agriculturebio.org

                www.agribio.com


Chaque type d'agriculture sera détaillé ultérieurement.

Publié dans Décryptage

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lucie 04/04/2012


Léger manque d'objectivité